|
Marie Henriette
L'utilisation de ces images est strictement interdite sans l'autorisation de CERES - © 2005 CERES - Tous droits réservés - All rights reserved
Au
large de Barfleur dans le nord, existe aujourd'hui un lieu réputé et bien connu
des ligneurs professionnels.
Ils
y viennent souvent au printemps et l'été pour y traquer le bar, poisson roi sur
nos cotes.
Cet
endroit, situé à quelques milles de la cote, près de la bouée des équets, est
justement la roche des equets ou fit naufragela Marie Henriette,
il y a presque un siècle.
La marie henriette est un vapeur
à roue Belge construit par les chantiers Cockerill et lancé en 1893,
Il mesure103 metres et file à 22
nœuds
Commençons d’abord par un
petit point d’Histoire:
A l’aube de la grande
guerre, l’invasion allemande dela
France, après un 1er échec surla Marne en septembre 1914, se
poursuit par un nouveau plan d’invasion nécessitant de passer parla Belgique, malgré sa
neutralité.
Le Roi Albert 1er
refuse l’ultimatum pour le libre passage des troupes, et du coup, le 3 aout,
l’Allemagne déclare la guerre àla
Belgique
L’armée belge, est faible
avec peu d’unités, et en dépit de lourdes pertes qu’elle inflige à l’ennemi à
Liège, elle doit battre en retraite vers Anvers où s’était déjà réfugié le
gouvernement.
A son tour Bruxelles est
envahie.
Puis C’est au tour d’Anvers
d’être assailli par le feu de l’ennemi, obligeant gouvernement et réfugiés, à
chercher refuge sur le Havre.
La France leur avait offert cette possibilité et le 13
octobre Ministres, fonctionnaires et exilés belges entrent dans le port du
Havre sur 2 paquebots affrétés à cet effet.
Tandis que l’armée belge
assistée de corps français et britanniques se dirige vers Ostende, dans les
Flandres, où une furieuse bataille commence.
Entre le 5 et le 13 octobre
1914, venus à pied depuis la frontière ou débarqués de centaines de bateaux,
arrivent en France plus de 20.000 réfugiés, civils et militaires.
Tous les édifices publics
servent d’accueil.
L’armée belge installe ses
hôpitaux à Calais, en Normandie, et en Bretagne.
1914, la guerre commence et
les civils belges fuient versla
France.
Sur l’Yser la bataille fait
rage et le 14 octobre, l'État-major se voit contraint de limiter le front et
donc d'abandonner Ostende.
Du coup, le Ministère de la
guerre ordonne l'évacuation par tous les moyens, des 15.000 blessés répartis
autour d’Ostende, vers l'Angleterre, via les ports français de Calais, Le Havre
et Cherbourg.
Sur les quais, les
habitants et réfugiés se pressent pour échapper à l’envahisseur.
L’évacuation est effectuée
en un temps record de 16 heures .
Elle se fait par les malles
belges réquisitionnées ainsi que de nombreux bateaux de pêche.
Un véritable calvaire pour
beaucoup de blessés voyageant à fond de cale.
Bon nombre sont également
acheminés par trains vers Dunkerque d’où ils seront transférés à Calais.
Aux quinze mille blessés
évacués d'Ostende, s’ajoute bientôt le flot incessant des blessés de la
bataille de l'Yser qui vient de commencer.
Du 18 au 22 octobre, du
front de l’Yser arrivent à Calais, des trains bondés de soldats alliés ou
ennemis, dont beaucoup grièvement touchés.
Bon nombre meurent durant
le trajet faute de personnel suffisant pour leur apporter les 1ers secours.
Dans les salles de soin des
hôpitaux de Dunkerque et de Calais ils sont déjà des milliers, il devient donc
nécessaire et urgent de libérer les dispensaires les plus proches de la zone de
combat, et il faut évacuer le plus grand nombre de blessés possible vers
l’Angleterre ou les hôpitaux de
Normandie et de Bretagne.
Afin d’accélérer cette
évacuations le Ministre dela
Marine fait envoyer le 17 octobre deux transatlantiques:La Savoie etLa Lorraine à Calais, mais leurs
fort tirant d’eau ne leur permet pas d’approcher du chenal et les deux navires
doivent faire demi-tour et regagnent Le Havre et Cherbourg.
C'est maintenant àla Marie Henriette de
prendre son tour.
Des milliers de blessés
affluent du front, en ce début de grande guerre, et il faut impérativement les
évacuer.
Pour palier à cette
évacuation massive de nombreux navires sont alors réquisitionnés pour emmener les
blessés et la foule amassée sur les quais dans une zone sécurisée.
Les malles de la ligne Ostende-Douvres
sont à nouveau sollicitées et utiulisées pour convoyer ces malheureux de Calais
jusque Cherbourg.
Afin de ne pas réaliser de
voyage de retour à vide, les navires devront faire escale au Havre pour y
charger des munitions et les transporter dans le Nord près du front.
L’équipage de la malle
d’Ostendela Marie
Henriette se voit confier cette nouvelle mission, transformé
pour l’occasion en bateau hôpital improvisé.
Le vendredi 23 octobre,la Marie Henriette
quitte Calais sous les ordres du capitaine Rombaut, avec les premiers blessés
de la retraite,
480 soldats belges, une
centaines de blessés français, fusiliers marins, goumiers (soldats arabes ayant
participé aux opérations sur l’Yser) soit un peu plus de 650 hommes.
3 médecins belges les docteurs
Van Campenhout, Lenaers et Boiremans embarquent également après avoir
recueilli, prés des pharmaciens de Calais pansements et matériels médical dont
la pénurie commence à se faire sentir.
Le bateau hôpital inopiné appareille
à 16h par un temps magnifique, une lègère brise de vent d'Est et prend le cap
vers Cherbourg.
Après avoir traversé la
baie de seine et la manche sans encombre, il arrive devant la pointe de
Barfleur un peu avant 5h du matin, mais il faut savoir que le phare de
Gatteville est éteint depuis le début de la guerre.
La Marie Henriette avance dans la nuit, au
ralentis quand même en direction de Cherbourg, cap à l'Ouest mais aussi vers
les grands bancs au NE de Roubary.
La nuit est calme et notre
vapeur à roue brise le silence avec ses énormes machines
Soudain à 5 heures,un bruit
sourd se fait entendre à l'avant et les machines stoppent.
Bientôt des cris
d’affolement percent le silence.
La malle belge vient de
s’échouer sur le plateau des Equets devant le Phare de Gatteville.
Octobre 1914, large de
Barfleur,
Depuis plusieurs mois tous
les navires du nord dela
France sont réquisitionnés et affectés à l'évacuation des
blessés du front belge.
La marie henriette vapeur à
roue belge, viens de heurter les rochers des équets en face de Gatteville, il est 5 heure du matin.
Les fusées de détresse sont
lancées et le Radio du bord émet les appels TSF.
Mais notre navire est
bloqué, la coque déchirée sur la roche.
Le pavillon belge flotte à
l’arrière au gré du vent.
Par chance la mer est assez
calme et le navire n’est pas encore en danger tant que la brise ne se lève pas.
Le LEON et l'ADOLPHE deux
barques de pêches qui travaillaient dans les parages voient mais surtout
entendent le grand bâtiment s’approcher des rochers puis s'échouer, il coupent leurs cordes et se rapprochent au
plus vite, pour aider les malheureux.
Le canot de sauvetage de
Barfleurla VEUVE ARMAND
FORQUENOT pour qui il s'agissait du 1er sauvetage, sous les ordres du patron
Boisard, averti du naufrage prend la mer à 5h30 arrive sur les lieux à 6h15.
Des torpilleurs français
venus de Cherbourg alertés par TSF sont déjà là.
Le transport LORRAINE
naviguant au large stoppe sa course devant les banc St Pierre sans pouvoir
s'approcher à cause de son fort tirant d'eau.
Il ne veut pas se risquer
sur les hauts fonds des Equets.
Un chalutier armé
boulonnais se joint aux nombreux sauveteurs.
La nouvelle du naufrage se repend
très vite, et de partout affluent les secours.
La compagnie territoriale
basée au fort dela Hougue
croient à un échouage sur le littoral se rend à pied jusque là mais ne peut que
constater son impuissance face à un sauvetage en mer.
Seules les petites
embarcations pouvent se tenir le long du bord de l’épave sans risque à cause de
la houle tandis que torpilleurs et chalutier restent éloignés, prudents dans
ces eaux peu profondes,et scabreuses.
Ils mettent à disposition leurs
canots, mais comme toujours dans ces catastrophes la brise commence à se lever
par le Nord.
La Marie Henriette est échouée sur les roches
au large du phare de Gatteville, et l'évacuation débute, il fait encore beau
temps, mais nous savons que cela ne va pas durer.
A l'aube le sauvetage des
blessés commence dans le plus grand calme à l'aide de canots et embarcations de
pêche dans un va et vient continu entrela Marie Henriette et les
torpilleurs.
La plupart des matelots des
embarcations sont à disposition sur les torpilleurs laissant ainsi plus de
place pour les rescapés à bord.
Les uns après les autres
les malheureux blessés souffrant et transis de froid malgré tout le soin
apporté à leur transbordement, sont évacués, transportés par les canotiers et
pécheurs.
Cette opération se poursuit
une partie de la matinée, et vers 10 h00, il ne reste plus personne sur la
marie henriette.
Après l’évacuation des
blessés, les médecins belges quittent à leur tour le navire après avoir sauvé
tout le matériel médical. Puis enfin vint le tour de l'équipage et de son
commandant en dernier comme le veut la règle.
Les rescapés sont débarqués
à Cherbourg où ils seront soignés.
Et puis l’évacuation
terminée, par chance, le vent de Nord fraichit, le port de Roubary se couvre de
l’écume d’une forte houle, etla Marie Henriette chavire.
Mais prisonnier de l'Equet
le vapeur ne bouge pas et prend la houle de plein fouet, subissant ainsi
captif, l’acharnement des vagues et c’est seulement au bout de deux jours, que
la furie de la mer a raison du vapeur.
Bientôt dela Marie Henriette ne dépassera de
la surface, qu’un amas de ferrailles tordues.
Peu après ce naufrage
heureusement sans conséquence tragiques, le cargo Armette s'échoue lui aussi
non loin de là, on ralluma donc le phare de Gatteville par un fanal plus
discret qu’en temps de paix pour éviter d’autres échouages et naufrages dans
ces parages périlleux..
L'épave est considérée
comme dangereuse pendant de nombreuses années.
Aux grandes marées, les
barques de pêche sortant vers le large ou rentrant au port évitent l'épave dela Marie Henriette dont les
ferrailles menaçantes émergent encore des rochers des équets, au large du port
de roubary.
|